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GUINARD
André - Cluny 1908
André Guinard est né le
4 avril 1891 à Blanzy (Saône et Loire)(...).
Après l'Ecole Professionnelle de Chalon-sur-Saône,
il entre aux Arts et Métiers de Cluny en 1908,
et après son service militaire, il travaille chez
Schneider puis chez Hamm, ascenseurs hydrauliques.
Il est mobilisé en 1914 et envoyé au front
mais il est affecté, en 1915, chez Citroën
pour la fabrication d'armement. Cette période de
guerre est peu connue, même de ses proches car,
comme beaucoup de " poilus ", il n'en parlait
jamais (...).
André Guinard était déjà intéressé
par les pompes alors qu'il était à Cluny.
En 1918, il avait étudié, breveté
et proposé une pompe qui permettait de résoudre
le problème d'alimentation en essence des avions
ressourçant après un piqué, projet
jamais réalisé car la guerre prit fin.
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En 1919, il propose à Hamm sa pompe volumétrique
à pistons qui est refusée et il décide alors
de créer son entreprise. Avec l'aide de 10 associés
(...), il crée une société en commandite
simple avec un capital de 155000 F. La fabrication de sa première
pompe rotative à pistons, qu'il avait fait breveter, est
lancée. L'étude en était si bien faite qu'elle
était encore fabriquée dans les années 1980,
pratiquement sans modifications. Cette pompe était révolutionnaire
et présentait de tels avantages qu'elle trouva très
rapidement de nombreux débouchés, pour les usages
domestiques, agricoles et industriels. Elle était réversible
et d'un rendement élevé (...).
En 1921, devant l'expansion, une usine fut transférée
54, avenue Foch, à St Cloud, les bureaux installés
à Paris, 21, rue Carnot.
En 1928, les locaux devenant insuffisants, une usine et des bureaux
furent construits sur des terrains disponibles, chemin de la Fouilleuse
, à St Cloud.
Les moyens industriels devaient rapidement croître : en
1928 : 6000m2 et 300 salariés; en 1931 : 10000 et 450 ;
en 1940 après création de l'usine de Châteauroux
: 25000 et 2000, ce chiffre tombant à 1100 en 1945. En
1969, pour le cinquantenaire de la société, les
Etablissements Pompes Guinard étaient devenus un groupe
international avec de nombreuses filiales et sept usines principales
en France et à l'étranger. Elle comptait 2500 personnes
et 62000 pompes avaient été fabriquées cette
année-là (40% du marché français).
Pour les produits, l'évolution a été considérable
: à la première pompe rotative à pistons
est venue se rajouter une petite pompe alternative à pistons,
puis une pompe centrifuge à amorçage automatique,
puis une gamme de pompes centrifuges mono et multicellulaires
en commençant par les petites à amorçage
automatique. Les modèles ont été adaptés
aux applications : adduction d'eau, marine, incendie, hydrocarbures,
mazout, liquides grippants, etc , et les puissances étagées
de 0,25 à 8 CV.
En 1933 est créé le département Incendie.
Guinard fournissant déjà les pompes à des
fabricants de moteurs à explosion , décide de fournir
lui-même les groupes moto-pompes. Grand succès auprès
des services Incendie publics et privés. Pompes Guinard
ne s'arrêtent pas à la fourniture des pompes et moto-pompes
mais fournissent bientôt les véhicules équipés,
le matériel annexe, par exemple les tuyaux (produits très
techniques, fabriqués sous licence). Il faut signaler,
à titre de référence historique et sans qu'il
y ait de filiation industrielle, qu'un grand ancien, Henri Flaud
(An 1830) avait créé une société de
matériel incendie vers 1850.
Ce prodigieux développement, conduit sur une vingtaine
d'années (1919-1939) ne pouvait être conduit que
par un homme de très grande qualité. Partant d'un
produit innovant (la pompe rotative à pistons), il a décliné
toute une gamme lui permettant, au fur et à mesure de l'apparition
des besoins, de remplir les niches qui se présentaient.
Ce qui est remarquable, c'est que toutes les lignes de produits
qui ont été développées existent encore.
Il était un ingénieur certes, mais il était
aussi un homme de marketing : ses calendriers se retrouvaient
partout en France, par exemple dans presque toutes les fermes.
Il était très près du terrain. Son fils raconte
un souvenir d'enfance : départ en vacances en voiture où
tout d'un coup arrêt devant l'échoppe d'un plombier.
Il descend et commence à discuter avec l'artisan, continue,
reste dans l'atelier assez longtemps pour que tout le monde s'impatiente
et répondant tout le temps : " J'en ai pour une minute
". Il ramenait ainsi des informations importantes pour son
bureau d'études (...).
Il aimait le contact avec le personnel et avant les lois sociales,
il avait créé les uvres sociales : aide au
logement, jardins ouvriers, cantine, service médico-social,
colonies de vacances, bibliothèque, etc
Les salaires
étaient bons. On peut comprendre que le personnel était
très stable : on entrait " chez Guinard " comme
apprenti et on y restait. Pendant toute la guerre, la cantine
Guinard a remarquablement fonctionné pour l'époque
,alors qu'elle ne bénéficiait d'aucune attribution
officielle (...).
Il avait un sens artistique très fort. Le dessin en particulier
l'attirait beaucoup et ses enfants ont retrouvé ses dessins
des Arts et Métiers qui, outre l'aspect technique, l'illustrait
déjà. C'est apparent dans certains de ses produits.
On raconte qu'il aimait bien " croquer " , au théâtre
par exemple ; ce pouvait être un voisin ou un acteur.
Les sujets de ses peintures sont des portraits de sa famille,
des natures mortes, des bouquets et quelques paysages. Une exposition
privée a été organisée par ses petits-enfants
en 1988. La veille de sa mort, survenue le 2 décembre 1960,
entre deux coups de téléphone avec ses principaux
collaborateurs, il peignait encore.
Il est inhumé à St Cloud.
Edmond De Andrea, ingénieur Arts
et Métiers (Aix 45).
Extrait de 'Arts et Métiers Magazine'
- Juin / Juillet 2002.
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